La salamandre

La salamandre dans la littérature

 « Au fond de la chambre, devant la cheminée, il y avait une salamandre allumée. Recroquevillée, les genoux au ventre, Sylvie dardait ses regards sur le poêle dont les petites fenêtres de mica rougeoyaient dans l'ombre. On eût dit une maison de poupée brillamment illuminée pour un anniversaire. À l'intérieur, il devait y avoir un orchestre, des tables chargées de friandises, des danseurs qui tournoyaient avec grâce en écartant les bras...»

Henri TROYAT Extrait de Viou, Édition Flammarion, Castor Poche, 1980

 

« La pièce où cette scène avait lieu présentait l'aspect indéfinissable des endroits où s'écoule une vie faite de petites manies (...). Elle offrait à l'esprit une image qui dans le monde des oiseaux correspondrait à celle d'un nid, mais d'un nid clos de toute part, tiède et moelleux sous sa bonne enveloppe de boue et brindilles. Pleine à éclater d'un charbon qu'elle digérait avec un murmure satisfait, la salamandre peinte en noire était le dieu rutilant du logis ; et les sièges de peluche olive, rangés en demi-cercle autour d'elle, semblaient lui rendre un muet et fidèle hommage. » « La pièce où s'échangeait ces paroles offrait l'aspect de laideur cossue et douillette propre à bien des salles à manger (...). Mais les chaises garnies en peluche flattaient et délassaient le corps ; la salamandre, toute rose dans la pénombre, répandait sa douce et malsaine chaleur, et comme le déclara l'économe en reposant sa tasse vide dans sa soucoupe, mieux valait être ici que dehors. »

Julien GREEN Extraits de Minuit 1ère partie chapitre 2 et 2ème partie chapitre 2, Paris, Éditions Plon, 1936

 

« Chez les Grésandage on mettait aux manches des côtelettes les petits étuis de papier que l'on voit dans certains restaurants. Une tradition de la famille d'Élise, et chaque fois Joseph Quesnel l'en plaisantait. Elle attendait de pied ferme la réflexion habituelle qui ne vint pas. Allons, il était bien pincé. Richard aurait voulu placer un mot sur un sujet tout différent. Bien qu'il tint la politique, à proprement parler, pour indifférente à un fonctionnaire comme lui, et pour peu importantes ces périodiques relèves du personnel ministériel, il était, par métier, assez fortement impressionné par Caillaux, et un tantinet incertain sur ce qu'il fallait penser de la candidature Pams. Quesnel était, il le savait, résolument poincariste. Richard aurait aimé parler de ça. Pas mèche. Dans la salle à manger, il y avait une salamandre et, comme on n'en finissait pas avec le dessert, la bonne avait mis le café à réchauffer sur la plaquette ajourée. Richard alla chercher lui-même l'armagnac dans le buffet. Les hommes ont des prérogatives. Les petits verres étaient vraiment petits, mais à leurs facettes, il y avait un peu de doré dédoré. »

Louis ARAGON Extrait de Les beaux quartiers, deuxième partie, fin du chapitre IV, Paris, Éditions Denoël, 1936